Emplacements dangereux : les règles du jeu – Partie 1

5 mars, 2020 | Blogue

Hugues Châteauneuf

Hugues Châteauneuf, ing.

Ingénieur, Expert en ventilation industrielle

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Ce billet de blogue propose une introduction aux emplacements dangereux, ces zones classifiées où des atmosphères explosives sont susceptibles d’être présentes et qui, par conséquent, nécessitent la prise de mesures pour éviter les risques d’inflammation.

En matière d’emplacements dangereux, les directeurs d’usine doivent faire preuve de jugement en s’appuyant à la fois sur des principes de gestion des risques et sur une utilisation judicieuse des ressources financières. Mais sur quelles bases doivent-ils fonder leurs décisions? Comment s’assurer de mettre en place les mesures adéquates sans en faire trop? Plusieurs approches étant possibles, il est important d’être accompagné par des experts pour éviter les soucis et les dépenses inutiles. Et vous, où vous situez-vous?

Un peu d’histoire

Les mines de charbon ont été parmi les premiers emplacements considérés comme dangereux, et ce, en raison des phénomènes suivants :

  1. Présence possible de méthane dans les tunnels souterrains, particulièrement lorsque des nappes de gaz sont atteintes;
  2. Poussières de charbon générées en continu dans les tunnels et s’accumulant au sol et sur les surfaces.

Autrefois, les sources d’inflammation, nombreuses, étaient présentes de façon quasi continue pendant les activités minières; il pouvait notamment s’agir d’étincelles mécaniques issues des équipements de percement des tunnels ou de flammes nues, comme celles des systèmes d’éclairage utilisés, tels que les lampes à huile. Les fameux coups de grisou, qui sont des déflagrations en série, s’amorçaient dès qu’une poche de méthane était atteinte; enflammé par une source d’inflammation en présence, ce gaz inflammable déflagre. Ce premier souffle étant assez puissant pour entraîner la mise en suspension des poussières accumulées dans les galeries et la formation de nuages denses et très concentrés, les poussières combustibles et explosives fines s’enflamment à leur tour, causant une seconde déflagration (consultez notre billet de blogue à propos des poussières combustibles); la boule de feu se propage le long des tunnels jusqu’à ce que la source de combustible soit épuisée. Ces événements catastrophiques ne laissent aucune chance aux travailleurs présents dans les galeries souterraines.

Les premières solutions de contrôle

Des solutions de contrôle plus ou moins acceptables eu égard aux standards actuels de santé et sécurité au travail ont été implantées au fil du temps pour prévenir le risque d’explosion. Une des mesures mises en place à l’époque consistait à employer des « mineurs de première ligne », dont le rôle était d’ouvrir la marche et d’amorcer l’inflammation de gaz à l’aide d’une flamme située au bout d’une longue tige; les exploitants de mines souterraines ont ensuite utilisé des poneys.

Des solutions de contrôle et de prévention plus acceptables ont ensuite vu le jour, marquant les débuts de la gestion des risques associés aux emplacements dangereux :

  • Identification du risque;
  • Prévention de la formation d’atmosphères explosives gazeuses (méthane) au moyen de la ventilation souterraine (dilution);
  • Prévention de l’inflammation par l’installation d’enveloppes étanches autour des moteurs électriques;
  • Protection de certaines composantes à flamme nue, comme les lampes portatives; un des plus anciens procédés « d’éclairage de sûreté » (1760) consiste en un treillis métallique (sorte de tamis à mailles très serrées) qui empêche la propagation de la flamme de l’intérieur vers l’extérieur de la lampe[1].

Où sont les emplacements dangereux?

Outre les mines de charbon, beaucoup d’autres industries doivent composer avec la présence potentielle d’emplacements dangereux, dont l’industrie pétrochimique, de l’extraction à la distribution en passant par l’entreposage de matières inflammables. Les risques associés à la formation d’atmosphères explosives tant gazeuses qu’attribuables à des poussières sont également présents :

  • dans les installations chimiques (p. ex., fabrication de caoutchouc, de plastiques, de peintures, laques et vernis);
  • dans les usines pharmaceutiques, métallurgiques et agroalimentaires;
  • dans les cimenteries;
  • dans l’industrie du bois et les usines de pâtes et papiers.

Quelle réglementation est applicable au Canada?

Au Canada, l’encadrement des emplacements dangereux relève du champ de compétence des provinces et des territoires; ce sont les entités réglementaires de chaque province qui sont responsables d’adopter le Code canadien de l’électricité (CCÉ).

L’encadrement des emplacements dangereux peut également être du ressort des autorités municipales, comme au Manitoba (p. ex. Winnipeg), en Alberta (p. ex. Calgary) et en Colombie-Britannique (p. ex. Victoria).

Dans certaines régions du Canada où des industries à risque comme la pétrochimie sont notamment présentes, notamment en Alberta, le concept d’emplacement dangereux est implanté dans la réglementation provinciale en matière de santé et sécurité au travail.

Pour en savoir plus, veuillez lire la seconde partie de ce billet de blogue.

[1] Selon le site http://lelampiste.e-monsite.com/, plusieurs autres inventions ont marqué l’évolution des lampes portatives pour éclairage de sûreté

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