Implantation d’un projet industriel ou minier – Enjeux acoustiques

5 juillet, 2018 | Blogue

PATRICE CHOQUETTE, ing, M.Sc.A

Ingénieur, Expert en acoustique et vibrations

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Vous avez un projet industriel ou minier en vue? Plusieurs évaluations et études sont nécessaires pour en assurer une planification éclairée. Par exemple, la Loi sur la qualité de l’environnement encadre les impacts environnementaux de ce type de projet et contraint le promoteur à certaines obligations légales, dont l’évaluation de l’impact sonore. Cet article fait un survol rapide des questions et des enjeux qui doivent être traités lors de la planification de projets industriels et miniers.

Étude de faisabilité

Le but d’une étude de faisabilité est de déterminer la rentabilité d’un projet. Les coûts d’immobilisation y sont évalués à partir du concept général et des principaux équipements requis. Une telle étude vise aussi à choisir l’emplacement du projet. Or, dès cette étape, il importe de considérer les enjeux acoustiques, car ceux-ci peuvent avoir une incidence financière sur le projet.

Quel est le cadre légal pour chacun des sites envisagés? Les restrictions sonores peuvent varier de plus de 10 dBA selon l’endroit choisi :

  • Le plan d’urbanisme de la municipalité (zonage et utilisation principale)
  • Les directives provinciales (Notes d’instructions 98-01 ou Directive 019)
  • Les lignes directrices nationales, ou internationales (International Finance Corporation)

Des récepteurs sensibles sont à proximité? Ceux-ci peuvent forcer l’ajout de correctifs sonores ou l’implantation d’un suivi environnemental dont les coûts devront s’ajouter à ceux du projet :

  • Milieu humain (secteur résidentiel, site utilisé par les Autochtones)
  • Milieu naturel (milieu du poisson, présences de chiroptères ou d’un espace protégé)

L’enjeu peut être quantifié de façon préliminaire en évaluant la contribution sonore des principaux équipements vers les secteurs sensibles. En sachant quels équipements risquent de produire un niveau important de bruit, il est possible de prévoir une mesure corrective et un suivi et d’en inclure les coûts au projet. L’idéal est cependant de configurer chaque site de manière à éviter d’avoir à apporter des correctifs sonores.

Étude d’ingénierie

Cette étape s’attarde en détail à la réalisation du projet. Elle permet d’éviter les ajustements une fois le projet réalisé (altérations coûteuses) ou de prévenir les retards lors des travaux de construction (dépassement des limites permises en période de construction). À ce stade, il importe d’évaluer les aspects suivants :

  • Quel est le cadre légal qui balisera les travaux (heures d’exploitation permises par les autorités municipales et limites sonores autorisées selon les normes provinciales ou fédérales)?
  • Les méthodes de réalisation et le type d’équipements ont-ils été choisis en considérant le bruit (équipements insonorisés disponibles)?
  • Quelles sont les mesures de contrôle minimales nécessaires pour éviter le non-respect des critères environnementaux (retards, amendes)?

Dans certains cas, la réglementation exige de démontrer, au moyen d’un programme d’évaluation sonore, les démarches accomplies pour intégrer l’aspect acoustique à la planification du chantier. Ce programme comprend une simulation de dispersion sonore des étapes de construction, un plan de maintenance terrain des équipements utilisés et un plan de suivi du bruit aux points récepteurs à proximité des travaux.

En phase d’exploitation, les équipements choisis sont-ils susceptibles de générer des bruits que la réglementation pénalise (tonalités, basses fréquences, bruits d’impact)? Si oui, des solutions de rechange ou d’atténuation sont-elles possibles?

  • Les équipements prévus génèrent-ils un niveau sonore cumulatif excédant les limites environnementales? Si oui, la configuration des équipements permet-elle une installation simple des correctifs et une maintenance économique de ceux-ci?
  • Une phase d’expansion est prévue au projet? Il importe que la marge de manœuvre acoustique soit prévue (viser un critère sonore inférieur à la limite permise, sans quoi plusieurs correctifs pourraient devoir être apportés à la portion existante de l’usine).

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques impose une pénalité de 5 dBA sur des bruits émergents ou pouvant produire un effet de surprise. À titre comparatif, l’obligation d’abaisser le niveau de bruit de dix machines identiques de 5 dBA revient à devoir fermer sept des dix équipements. On comprend donc que les bruits émergents peuvent avoir un impact important sur le bruit admissible d’un projet et nécessiter l’ajout de plusieurs correctifs sonores. Planifier la conception d’équipements potentiellement générateurs de bruits émergents (ventilateur, entonnoir, tour d’eau, etc.) peut donc permettre d’éviter l’ajout de coûts non prévus au projet.

Par ailleurs, plusieurs usines sont contraintes d’ajouter des silencieux à l’intérieur des cheminées, faute d’avoir considéré leur présence lors de l’étude d’ingénierie. L’ajout d’un silencieux dans un espace exigu restreint l’écoulement de façon importante et génère ainsi une consommation accrue de courant. De plus, placer un silencieux en hauteur rend son inspection ou sa maintenance difficile et coûteuse. Prévoir un espace près du sol facilite donc la maintenance (possibilité de prévoir l’utilisation de baffles nettoyables accessibles à l’aide d’appareils de levage standards) et permet d’opter pour un silencieux de dimension optimale (réduction des pertes de charge).

Acoustique intérieure

Des normes et des lignes directrices existent (Commission des lésions professionnelles, ASHRAE, LEED). Une modélisation de l’acoustique intérieure permet d’anticiper le climat sonore dans diverses sections de l’usine et de prévoir ainsi des solutions propices à la création d’un espace de travail sécuritaire et efficace. De plus, concevoir un espace de travail qui limite de façon raisonnable le niveau de bruit permet de minimiser les risques de lésions professionnelles tout en éliminant les frais indirects associés à la gestion administrative et légale pour la direction.

  • Les équipements génèrent-ils un bruit supérieur aux limites permises à certains postes de travail?
  • Des bureaux sont-ils prévus près d’équipements bruyants? Les cloisons mitoyennes ont-elles été conçues en conséquence? La ventilation transmet-elle le bruit extérieur dans les bureaux? L’intelligibilité de l’espace est-elle acceptable?
  • Les alarmes sonores et les systèmes de communication sont-ils audibles dans l’ensemble de l’usine?

En conclusion…

La réalisation d’une évaluation acoustique, tant au stade de la faisabilité que de l’ingénierie de détail, représente un investissement mineur comparativement au coût global d’un projet, mais, surtout, aux coûts associés à la correction d’enjeux non traités au préalable, comme présenté dans cet article. Il est donc judicieux de confier la révision des enjeux sonores de votre projet à une personne expérimentée afin de pouvoir éviter des situations indésirables lors du démarrage du projet. Cet expert sera également en mesure de vous guider efficacement parmi les différentes obligations légales à toutes les étapes du projet.

Pour en savoir plus, communiquez avec nos experts.

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